Prendre le temps

Je souhaite commencer ce billet en insérant cette carte de sapling press:

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Ouin. En début d'année, vers le 1er janvier disons, j'ai pris la, euh... résolution, d'écrire davantage sur ce blog. Nous sommes en avril et c'est mon deuxième billet. Bravo Geneviève! Ce petit détour pour vous parler aujourd'hui d'un sujet qui, je pense, devrait être plus présent dans notre quotidien: prendre le temps.  

Prendre le temps.

Prendre le temps de déjeuner le matin. Prendre le temps de bien manger. Prendre du temps avec notre famille. Prendre le temps de marcher. Prendre le temps d'échanger. Prendre le temps pour un café. Prendre le temps de faire son potager. Prendre le temps de dessiner. Prendre du bon temps. Vous savez, le «temps de qualité»? Prendre le temps de vivre. DE VI-VRE!! Si vous avez une petite heure et demie devant vous OU au lieu d'écouter un épisode de votre série préférée, je vous suggère vivement ce film: l'urgence de ralentir. Plusieurs pistes de réflexion sur ce monde qui avance trop vite...

 Gutenberg, c'est lui!

Gutenberg, c'est lui!

J'ai commencé depuis quelques temps un atelier de reliure. Mon amour pour les livres et ma curiosité pour la reliure ont toujours été mais un projet professionnel a accéléré le processus. Je suis donc allé visiter l'atelier de Catherine Gaumerd en début d'année (en même temps que ma résolution, ou presque). L'espace d'un instant, en mettant les pieds dans ce petit local, j'ai cru retourner plusieurs années en arrière, quelques centaines d'années, vers Gutenberg. Vous savez, le temps où on prenait le temps? Notre professeur Catherine nous répète souvent «quand on fait de la reliure, on ne regarde pas le temps». Façon de parler pour dire que pour faire un ouvrage de reliure, il faut s'appliquer, peu importe le nombre d'heures, peu importe le temps que l'on passe dessus, l'idée étant de créer un objet QUI VA DURER. Un autre mot clé, la durabilité. M'appliquer et travailler fort pour fabriquer un objet qui va avoir une longue vie, voilà un concept qui me parle. J'apprends beaucoup de choses avec Catherine... J'apprends par exemple ce qu'est une tranchefile. Sur le site le Moulin du Verger, papeterie artisanale depuis 1539 (!), on y trouve cette définition: «On appelle TRANCHEFILE, une sorte d'ornement en fil, en coton ou en soie de diverses couleurs, quelquefois même en fil d'or et d'argent, qu'on place en tête et en queue d'un livre, du côté du dos. Elle sert, d'une part, à assujettir les cahiers et à consolider la partie de la couverture qui les déborde ; d'autre part, et surtout, à mettre le dos du livre à la hauteur des cartons.»

 C'est elle, la tranchefile!

C'est elle, la tranchefile!

Elle peut prendre la forme d'un ruban que l'on intègre à la reliure. Mais j'ai aussi appris que la tranchefile pouvait se BRODER. C'est beaucoup plus que du macramé, ou une simple broderie... C'est prendre le temps, dans les moindres détails, de s'appliquer pour créer un bel objet. Pour moi, broder sa tranchefile, c'est le summum du raffinement! Les fils de soie sont montés sur de tout petits rouleaux de papier qui seront fixés à la reliure. Ces petits rouleaux, 1 seul artisan français les fabriquait. Je parle au passé car il est maintenant au ciel et a amené avec lui son secret. Les cordes de guitares ont détrôné les petits rouleaux: plus résistantes et ce n'est pas demain la veille qu'il y aura pénurie. J'avoue que l'idée d'imaginer cet homme dans son atelier qui roule du papier à longueur de journée pour les relieurs de ce monde m'a fait sourire...

Il devait prendre le temps, lui.

Il y en a d'autres qui prennent le temps: les enfants, nos enfants! Peut-être que c'est aussi simple que ça finalement: se mettre au rythme des enfants?

Bon printemps! -- prenez le temps de regarder les bourgeons poussés

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